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Mieux comprendre et intégrer la biodiversité

 

D’une logique de protection à celle de valorisation

Dans de nombreuses politiques publiques ou stratégies d’entreprise, la biodiversité est ressentie comme une contrainte ou comme une stratégie de marketing.
Mais, quand on parle de biodiversité, de quoi parle-t-on ? Et si l’on en faisant une réelle opportunité  socio-économique, un véritable levier au service de nos activités quotidiennes  en s'appuyant sur l’offre écosystémique…large débat souvent contradictoire  plus souvent par ignorance ou dogmatisme.


Lors de ses 3èmes rencontres  nationales, le 3 mars dernier, l’IRD2 – dont l’AQM est un membre actif- a proposé de nombreux temps d’échanges réunissant acteurs politiques, scientifique et techniques, supportée en cela par plusieurs grands témoins, expert en la matière au plan national voire mondial.

Un peu d’histoire

Valérie Chausignaud, historienne des sciences et de l’environnement, a apporté une lecture chronologique de cette biodiversité.
« La protection de la nature est d’abord un modèle de construction sociale, une question morale avant d’être naturelle » a-t-elle précisé tout en minimisant l’impact des religions sur ce thème.
Tout en regrettant que la France ait toujours été à la traine, elle a aussi rappelé  le négationnisme toujours rampant  voire en recrudescence.


Une prise de conscience

Au cours de  3 tables rondes, en séance plénière, les différents intervenants ont apporté des témoignages convaincants  démontrant  la valeur ajoutée de cette biodiversité.
Le monde agricole, en contrat direct avec la nature, est le premier  à en prendre conscience.
Nicolas Duboust, agriculteur, membre du réseau BASE , a  défendu   l’agriculture de conservation qui s’appuie sur une meilleure connaissance  de l’écosystème du sol agricole tout en restant compétitive, en particulier en réactivant les cultures et filières locales.
« L’industrie  n’est pas en reste quand ses dirigeants prennent en compte toute la filière de création de leur valeur jusqu’aux matières premières » souligne Sylvie Bénard, de LVMH « in fine, le terroir est un écosystème ».
Didier Perralta, en tant qu’élu territorial normand, insiste sur les difficultés à faire passer le message
«  Il s’agit de convaincre, persuader avant de normer » ajoute-t-il en annonçant la création d’un observatoire de la Biodiversité en Normandie dès 2018.

Plus précisément…

Il y a donc un défi considérable aujourd’hui à trouver des clés pour convaincre les décideurs de l’enjeu crucial de préserver notre biodiversité et non de l’exploiter aveuglément.
La notion de « services écosystémiques », c’est-à-dire les bénéfices que l’Homme retire du fonctionnement même des écosystèmes, apporte  certainement une réponse  même insuffisante.

« La biodiversité, c’est le vivant qui nous entoure » a défini Philippe Roche, écologue. Et de rappeler les  conclusions essentielles  formulées dans le cadre du programme européen « Millenium Ecosystem Assessment »(MEA), initié par l’ONU dès l’an 2000.
« Il s’agit de  développer notre monde AVEC la biodiversité »….
Gérard Duhayon, du parc naturel régional Scarpe-Escaut, a ainsi témoigné comment, à partir d’une analyse écosystémique exhaustive – en particulier sur les zones humides- un outil d’aide à la décision avait pu être proposé aux décideurs locaux.

Défendre  la biodiversité

La dernière table ronde a réuni  juristes et économistes afin d’aborder   la position des services écosystémiques  dans l’économie réelle  et le droit.
«  La première construction juridique s’est d’abord intéressée à la protection des espèces au début des années 1990 » a précisé Alexandra Langlais, juriste à l’université de Rennes (département IODE), le temps fort du MEA venant  élargir le domaine à tous les services écosystémiques.

La lecture économique de la nature  prendra  toute sa force et son droit de cité avec le TEEB (The Economics of Ecosystems and Biodiversité), déclinée en « objectifs d’ Aichi »  un "Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020" .
Les intervenants  ont  convenu qu’il était actuellement difficile d’entre la biodiversité dans le droit français mais aussi de la  « monétariser». 
La couverture assurance en est un bon exemple, bien que la loi de 2004 soit venue définir le dommage causé aux biens communs.
Les incertitudes réglementaires – sur un risque que l’on ne connait pas avec les effets rétroactifs possibles – rendant difficiles leur prise en compte dans les bilans financiers des entreprises.

Des outils au service de la biodiversité

Dans l’un des forums de l’après-midi, il a été question des leviers potentiels permettant de considérer la biodiversité comme une opportunité.
Une fois de plus, il s’agit  de rentrer dans une démarche optimiste, vertueuse.
Sans minimiser les excès de règlementation franco-française, un certain nombre de lois et directives  peuvent accompagner  cette démarche.

Ainsi, ont été évoqué tous les processus d’aménagement du territoire comme les PLU, PLUI (Plan Local d’urbanisme intercommunal), ou à une échelle moindre le STRADDT (schéma régional d'aménagement et de développement durable du territoire) «  …. Un « ménagement » du territoire » a plaisanté l’un  des intervenants.
Pêle-mêle, on parlera de la protection des terres agricoles,  de réactivation de liens sociaux, en particulier entre l’urbain et le rural  « ...  il existe actuellement un syndrome de manque de nature».
L’ABC (Atlas de la Biodiversité Communale) reste un outil  sous utilisé  pour  aider les élus, placés entre leurs concitoyens et les réglementations.
Au chapitre des opportunités, le tourisme sera en première ligne.
Au-delà des règlementations frustrantes, l’innovation y sera toujours la bienvenue « …investir dans la nature coûte moins cher…. ».

Les freins culturels sont cependant toujours là et l’investissement dans l’éducation est à mettre en amont.



Epilogue

Ces rencontres  ont été riches d’informations  toutes plus pertinentes les unes que les autres, apportant un éclairage positif sur cette biodiversité.
Il n’en reste pas moins que notre écosystème  est un milieu complexe  qui ne se décrit pas comme une science exacte  et amènera encore  inévitablement débats et polémiques.
Les conclusions du dernier débat sont là pour le prouver.
« La biodiversité est un mystère dans la mesure où on ne s’arrête pas de chercher à comprendre » a affirmé l’un des intervenants.
Il faut donc  s’appuyer sur des principes plutôt que sur des valeurs et se projeter dans un temps plus long en s’interrogeant sur ce que l’on veut transmettre aux générations futures. Il faut agir pour connaitre, et non comme nous le faisons faire l’inverse car nous allons vers un monde d’incertitudes. Il faut intégrer la notion de bonheur dans la biodiversité. Les aspects quantitatifs  évoqués et  une analyse exhaustive et objective  de ces services écosystémiques seront cependant là pour aller « dans le bon sens ».
In fine, on pourra reprendre la conclusion de Gilles  Bœuf, ancien  président du Muséum national d'histoire naturelle, grand témoin de ces rencontres,
« La biodiversité, c’est la vie. On est fait d’eau et de bactéries. Chaque fois que l’on agresse la biodiversité, on s’auto agresse »

14/03/2017
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